Après la série d’interpellations qui a eu lieu à Paris dans le scandale des agressions sexuelles dans le périscolaire, trois personnes ont été présentées à un juge vendredi 22 mai. Celles-ci sont soupçonnées d’avoir eu des gestes à caractère sexuel sur une vingtaine d’enfants de trois écoles parisiennes. L’enquête, qui concerne « les écoles Saint-Dominique, Rapp et La Rochefoucauld » dans le 7e arrondissement, avait donné lieu au placement en garde à vue de 16 personnes mercredi.
Dans le même temps, le parquet a ordonné la levée de garde à vue de treize autres personnes interpellées au cours de l’enquête. Selon les éléments recueillis à ce stade, les investigations n’ont pas permis de retenir contre elles des charges suffisantes pour caractériser une infraction pénale.
Au total, 44 enfants ont été entendus en salle Mélanie par les enquêteurs de la Brigade de protection des mineurs (BPM). Ces salles spécialisées permettent de recueillir la parole des mineurs dans un cadre adapté.
Le parquet a contacté les parents de tous les enfants concernés dans la journée de vendredi : « Ils seront informés de l’orientation adoptée à propos de leurs enfants avant même que les avis officiels ne leur soient notifiés formellement dans les semaines ou mois à venir ».
Le parquet a précisé que tous les parents concernés se sont vu proposer deux dispositifs complémentaires : une audition par un psychologue expert afin de permettre un accompagnement adapté de la parole de l’enfant, ainsi qu’un examen médico-légal. Une magistrate, assistée de deux collaborateurs, a été mobilisée à temps plein tout au long de la semaine pour analyser les procédures et coordonner les investigations.
L’affaire Saint-Dominique, qui a éclaté au grand jour au début de l’année 2026, est devenue le symbole d’une crise profonde qui touche l’ensemble du périscolaire parisien.
Tout a commencé après la diffusion d’un reportage de Cash Investigation montrant des pratiques violentes et inappropriées. Depuis lors, des dizaines de parents ont porté plainte, dénonçant des faits de viols et d’agressions sexuelles commis sur des enfants âgés de 3 à 6 ans.
Depuis plusieurs mois, de nombreuses écoles maternelles parisiennes sont concernées. Parmi les affaires les plus graves figurent celles des écoles Paul-Dubois (3e arrondissement), Emeriau et Volontaires (15e), où des animateurs ont été mis en examen pour des faits similaires.
Selon les chiffres du parquet de Paris, 84 écoles maternelles font actuellement l’objet d’une enquête pour des faits de violences physiques et/ou sexuelles dans le périscolaire. Cela représente près d’une école maternelle sur trois à Paris, soit environ 28 à 30 % du total des écoles maternelles publiques de la capitale. Une vingtaine d’écoles élémentaires et plusieurs crèches sont également concernées.
Selon les chiffres communiqués par la mairie de Paris, 78 animateurs ont été suspendus depuis le début de l’année 2026, dont une trentaine pour des suspicions de violences sexuelles.
En 2025, 46 suspensions avaient déjà été prononcées. Ces révélations mettent en lumière des dysfonctionnements structurels anciens, recrutement précipité de vacataires souvent peu formés, contrôles de moralité insuffisants, turn-over très élevé, signalements tardifs et transferts d’agents d’une école à l’autre malgré des alertes. Des parents et des syndicats dénoncent depuis longtemps un manque de moyens et de vigilance de la part de la Ville de Paris.
Face à la gravité de la situation, la municipalité a annoncé un plan d’urgence comprenant le renforcement des formations, des contrôles plus stricts et la création d’une École parisienne du périscolaire à la rentrée 2026. Mais pour de nombreuses familles, ces mesures arrivent trop tard. L’enquête se poursuit. D’autres mises en examen sont attendues dans les semaines à venir.